[Bilan] - Retour sur les intermittents du spectacle

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24082014

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[Bilan] - Retour sur les intermittents du spectacle




INTERMITTENTS DU SPECTACLE: Pourquoi ont-ils besoin d'être soutenus ?
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Les Intermittents du Spectacle sont à nouveau dans le rouge après les nombreuses manifestations de cet été. Pierre Gattaz et le MEDEF ont, comme à leur habitude, précarisé les plus précaires pour enrichir les plus riches. Voici donc un petit article pour mieux comprendre ce qui a enflammé la France cet été.
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Qu'est-ce que le "régime d'intermittent du spectacle" ?
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Il s'agit d'un régime d'indemnisations assuré par Pôle Emploi. Il est une alternative au régime général qui vise à assurer des revenus réguliers aux travailleurs dont l'emploi est à nature discontinue.
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Les Intermittents sont donc plus souvent au chômage que les gens du Général ?
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En effet les travailleurs du régime intermittent du spectacle sont plus souvent au chômage que les travailleurs du régime général. En revanche, contrairement à ce qu'on a souvent entendu cet été, les intermittents ne sont pas au chômage parce qu'ils se font virer tout le temps mais parce que leurs contrats sont extrêmement courts comparés aux contrats de travail que l'on trouve sous le régime général.
Le problème est que, tout comme vous, les intermittents ont de plus en plus de mal à décrocher des contrats de travail. Or, comme celui-ci doit trouver plus de contrat qu'une personne au régime générale pour obtenir une rémunération équivalente, il est forcément plus précaire et plus souvent au chômage.
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Quelles sont les différences entre le régime général et le régime des intermittents du spectacle ?
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- Pour bénéficier des allocations-chômages du régime général, il faut pouvoir justifier de 610h de travail dans les 28 derniers mois pour bénéficier de 2 ans d'indemnités.
- Pour bénéficier des allocations-chômages du régime des intermittents du spectacle, il faut pouvoir justifier de 507h de travail dans les 10 derniers mois pour bénéficier de 8 mois d'indemnités.
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La différence est donc la suivante: les allocations-chômages du régime des intermittents peut-être sollicité plus souvent et pour moins longtemps que celles du général. Ce régime est à priori avantageux pour les gens du général car leur conception de la chose est la suivante: il est aisé de retrouver un travail en 8 mois et de faire 507h en 10 mois, l'intermittent peut donc se "permettre le chômage plus souvent". D'où les stéréotypes abhorrant l'état "privilégié" des intermittents du spectacle. Mais la réalité est toute autre.
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Comment sont comptées les heures des intermittents du spectacle par rapport à celles de ceux du régime général ?
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C'est en effet là que ça se gâte: les travailleurs du régime général voient leurs heures décomptées lorsqu'elles sont effectuées. C'est-à-dire que le travailleur se rend sur son lieu de travail pour une durée fixée au préalable, effectue sa tâche durant cette durée puis retourne chez lui. La durée fixée correspond alors aux heures de travail servant à débloquer ses droits aux allocations-chômages.
En revanche, l'intermittent du spectacle voit ses heures décomptées par un système de cachets: les heures qu'ils effectuent réellement ne sont pas prises en compte à l'équivalent de leur durée en temps réel mais de leur durée en cachet. Un spectacle équivaut à 12h de travail quand il est représenté pendant moins de 5 jours (chaque représentation donnant lieu à un cachet). Sinon, le cachet équivaut à 8h de travail. Pour jouir de ses droits aux allocations-chômages, un intermittent du spectacle devrait donc faire au moins un spectacle par semaine pendant 10 mois. Ce système cause à environ un intermittent sur deux d'échouer à obtenir ses 507h en cachets dans les 10 mois impartis quand, en heures telles que décomptées pour les travailleurs du  régime général, ils ont souvent effectué plus de 2200h de travail sans compter les répétitions pour les spectacles et le temps de création de ces-derniers.

En tout, sur dix mois:

- Un travailleur du régime général consacrera environ 2600h à son travail dont 2200 rémunérées et débloquera sans problème le droit à de longues allocations-chômages.
- Un intermittent du régime intermittent consacrera environ 3500h à son travail dont moins de 500 rémunérées et ne débloquera pas le droit à ses courtes allocations-chômages.
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Quel est l'impact de la réforme du MEDEF sur les intermittents du spectacle ?


La réforme a été présentée au grand public comme s'attaquant aux montants des allocations afin de faire des économies. Les montants des allocations ont certes été réduits. Mais la majeure partie de la réforme porte en réalité sur les différés d'indemnisation une fois les droits débloqués. Il s'agit donc du temps entre les versements des indemnités et l'ouverture des droits (qui correspond au moment où vous avez prouvé à Pôle Emploi que vous aviez travaillé plus de 507h en cachets durant les 10 derniers mois).

Explication par tableau de la variation des différés créée par la réforme:



Si l'image est trop large et que vous ne pouvez pas voir les 8 colonnes qu'elle contient, cliquez ici.

Le différé d'indemnisation n'a pas changé pour les revenus les plus faibles. (Colonne 1)

Le différé d'indemnisation après la réforme est devenu plus long pour les intermittents à faible revenu. (Colonnes 2/3)
Le différé d'indemnisation s'est raccourci pour les plus hauts revenus, et ils ne sont plus concernés par le délais d'attente supplémentaire de 7 jours (non-systématique). (Dernière colonne) (Ajoutez donc 7 aux chiffres des lignes rouges pour comprendre le temps probable d'attente minimum pour recevoir ses allocations).

La réforme semble donc favoriser les hauts revenus aux faibles revenus: quelqu'un gagnant 833€ par mois devra attendre entre 17 et 24 jours pour voir ses allocations lui être versées alors qu'il en a besoin pour survivre quand les plus hauts revenus à plus de 3000€ par mois voient leurs allocations versées plus rapidement qu'avant alors que ces allocations ne sont pas nécessaires à la survie immédiate du bénéficiaire.

Pourquoi ne pas conseiller aux intermittents de cumuler un job alimentaire en plus de leur métier d'intermittent ?

Parce que le métier d'intermittent est déjà un métier à plein temps. Il est difficile de cumuler les deux et cela s'avèrera désavantageux dans la majorité des cas car: cela est très fatiguant, les deux métiers ne voient pas leurs heures décomptées dans le même régime. Il deviendra plus difficile pour l'intermittent d'être disponible avec un job alimentaire, or refuser un contrat c'est le donner à quelqu'un d'autre et perdre des chances de partenariat durable. C'est donc un risque de perdre le peu qu'on gagne avec sa passion et donc de perdre sa passion au passage.

Mais la culture a un énorme déficit comparé aux autres industries, non ?

Le MEDEF a annoncé un déficit de 1,3 milliards d'euro. Le CIP, la Coordination des Intermittents Précaires, a vérifié le calcul et a dénoncé une fraude dans l'information: le comité d'experts aurait estimé le montant du déficit de la Culture à 200 millions d'euros. Rappelons-nous que la culture rapporte 180 fois ce qu'elle coûte en indemnisations. Elle est le second gagne-pain de la France.

En revanche, les chiffres de l'INSEE estiment les déficits, en 2011, des industries électroniques, extractives, des biens manufacturés, pharmaceutiques, de l'automobile et de la métallurgie à respectivement: 15,1 milliards, 13,1 milliards, 12,7 milliards, 9 milliards, 5,5 milliards et 3 milliards d'euros.

Au final, il est probable que nous ne comprenions jamais comment notre gouvernement choisit ses priorités.
L'Epouvantail
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L'Epouvantail
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